Déroulement de la Journée de Rencontres du 12 mars 2010
La première des deux Rencontres 2010 s’est tenue à l’Auditorium de l’Alliance française Paris-Île de France où la directrice, Pascale Fabre, nous a souhaité la bienvenue ainsi qu’à tous les participants, en rappelant, comme les porte-parole de l’Asdifle (Marie Berchoud et Geneviève Baraona qui a conçu et organisé la journée) ensuite, combien la littérature reste un élément fort des apprentissages et enseignements en FLE, et cela pour toutes sortes de raisons que la Journée a permis de développer sans toutefois les épuiser.Isabelle Gruca a alors montré dans sa conférence sur la littérature en didactique des langues, «entre identité et altérité», le lien indissoluble entre les deux : le littéraire est «l’espace où la langue travaille et est travaillée», elle se déploie entre respect et transgression des codes en un immense réseau, une toile sans relâche tissée ; en didactique, il y a eu des avancées autour de la littérature, nous sommes sortis du franco-français pour l’espace francophone, et avons ouvert des ponts vers l’interculturel.
Geneviève Baraona, quant à elle, a développé son propos sur la littérature «nomade» comme possible base de dialogues interculturels, notamment en didactique du FLE : si l’exil, le parcours, les passages intérieur-extérieur deviennent les modes d’être de l’écrivain nomade, alors la pensée vécue de l’errance, avec le dialogisme, peuvent ouvrir sur la compréhension-expression d’autrui dans un univers plurilingue où changer de langue revient à découvrir de nouveaux possibles, ce que montrent des écrivains comme Nancy Huston, Leila Sebbar, Amin Maâlouf…
Ensuite, Nicole Blondeau a défendu une «poétique du divers», soit la littérature entendue pour l’apprenant en FLE-S comme ce qui parle de moi et me parle, et ce pas seulement du fait d’écrivains français ou «nationalisés», mais dans tout l’éventail de la francophonie ; l’analyse d’une quinzaine de manuels de FLE entre 2004 et 2007 lui a cependant permis d'avancer que l’introduction du littéraire restait marquée de méfiance autant que de séduction ; pourtant, le littéraire est un espace dans lequel l’apprenant pourrait oser affronter l’erreur, la difficulté et aussi l’altérité avec une motivation accrue, car supprimer toute difficulté, c’est le priver de découverte, nier sa capacité d’étonnement et d’invention.
Après la pause café-éditeurs-discussions, Corinne Lemonnier nous a présenté «La méridienne du griot blanc», ce voyage Saint-Malo – Bamako du lecteur public qu’est Marc Roger, vivant à Saint-Malo, né à Bamako, voyage qui peut être retrouvé et suivi sur le site http//saintmalobamako.net.
La table ronde «Des écrivains nous parlent de leur écriture», animée par Yvan Amar, a réuni Hubert Haddad et Daniel Maximin pour parler de leur rapport journalier (et conflictuel ?) à l’écriture. À la question «quelle est votre langue maternelle ?», Haddad répond «Tardivement le français», puisqu’il est né en Tunisie et a grandi en sonorités arabes jusqu’à quatre ans, date de sa venue en France, et Maximin avance «L’écriture», entendue comme «langue de l’intérieur du ventre», «langue par laquelle les bruits se font», musique. Il rappelle au passage qu’»apprendre une langue, c’est apprendre à chanter» et que «toute langue maternelle est étrangère pour celui qui l’apprend», c’est-à-dire qu’elle n’est pas donnée d’emblée, tandis qu’Haddad explique que pour lui aujourd’hui, le français a été un «espace d’incarnation symbolique» et est «la possibilité de toutes les langues» car l’arabe intime des premières années devenu interdit a été aussi l’interdiction de beaucoup d’autres choses et «quand on vous interdit une langue, vous ne savez plus chanter». Tous deux s’accordent donc sur cet essentiel qu’est la mélodie, la musique, le chant en littérature, comme une dimension à ne pas minorer, réduire ni oublier. «Écrire, c’est chanter ?» demande alors Y. Amar. Oui, et là, «tout est permis, et tout est difficile», il s’agit de «retrouver quelque chose qui a été perdu et quelque chose qui renouvelle le ON, de chercher un lieu de désassujettissement» (Haddad). Et dans l’écriture se retrouve «l’ambiance créole, la chaleur, le volcan, la musicalité caribéenne», mais «il n’y a pas de sous-conversation en créole… on écrit avec toutes les langues du monde» (Maximin). Enfin, à la question «Qu’apporte l’écriture ?», Haddad, qui fut longtemps animateur d’ateliers d’écriture, fait valoir qu’ainsi «chacun d’entre nous peut faire advenir sa plus belle parole» et, venu de sa fragilité même, déployer son être ; Maximin développe l’idée de l’écriture comme «étrangeté de la langue de façon volontariste», «transformation de la langue maternelle en langue étrangère et inversement». La langue d’écriture, musique libératrice, et accompagnatrice de la vie ? Y. Amar rappelle ces affiches retrouvées en Caraïbes : «on demande esclave sachant jouer du violon».
Après le déjeuner animé, les participants se retrouvent pour entendre Dominique Charbonneau parler des cours et exercices de littérature en France (et en français) qui semblent si étranges aux étudiants étrangers. Sur la base d’entretiens avec des étudiants allemands, japonais, américains, elle a pu apprécier quelles ruptures se vivaient quant à la littérature dans ces nouveaux cours et proposer des passerelles d’apprentissage pour des études littéraires à l’université en France.
Hélène Brazeau, venue du Québec, a présenté ensuite les éléments littéraires présents dans le cursus de baccalauréat international (http://www.ibo.org) tel qu’il se vit dans l’école où elle enseigne : la littérature se décline en lecture pour «apprécier des œuvres», écoute d’auteurs et d’illustrateurs, écriture et communication orale, pour des enfants souvent plurilingues.
Puis Marcel Bénabou a rappelé ce qu’est l’OuLipo, ouvroir de littérature potentielle (http://www.oulipo.et) et donné quelques exemples de jeux et manipulations littéraires à expérimenter, y compris en classe.
Catherine Macquart-Martin, elle, est partie de quelques albums pour montrer comment exploiter une thématique par des moyens variés ; elle a mis en évidence, pour le choix des albums, l’importance de la structure répétitive qui permet aux enfants de se sécuriser, d’être attentifs et de mémoriser avant de réutiliser avec leurs moyens langagiers.
Lui a succédé David Ravet, pour développer une approche multi-sémiotique et transartistique avec l’exemple d’un roman chinois d’expression française, Balzac et la petite tailleuse chinoise (de Dai Sijie) enrichi de supports visuels multiples, tels qu’affiches, tableaux…
La dernière Table ronde a permis à Axelle Roze, de la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges de nous présenter les belles ressources de ce lieu dédié aux littératures : http://www.bm-limoges.fr ; et pour finir, Pascale Caemerbecke nous a expliqué comment elle utilise l’écriture théâtrale avec des apprenants de français, à l’inverse de ce qui se fait d’ordinaire, c’est-à-dire en partant d’une situation, qu’il faut enrichir par des dialogues ; Frédérique Treffandier, de TV5 Monde, nous a permis de faire mieux connaissance avec le site présentant des pièces de théâtre et des exploitations possibles en classe : http://www.tv5.org/TV5Site/publication/publi-194-le_theatre_sur_TV5MONDE__.htm. Le propos était analogue pour le CRDP avec ses «parcours francophones» : http://crdp.ac-paris.fr/parcours/ –
Au total, une journée riche et dense, dont chacun est reparti avec des réponses… et de nouvelles questions.
Pour lire l’intégralité des communications : le Cahier Asdifle n° 22 paraîtra en mars 2011.
Et pour continuer la réflexion commune, rendez-vous à nos Rencontres d’automne en octobre 2010, comme participant ou intervenant : bientôt, sur notre site, l’appel à communications…
Pour mémoire : le programme détaillé
