La « centration sur l’apprenant », pourtant largement évidente depuis Stuart-Mill au dix-neuvième, et sans doute avant, établissait enfin son emprise sur la didactique des langues. Elle a été malencontreusement prise à parti depuis et, peu à peu, rabotée par les tenants du titre qui, en vérité, ne se sentaient pas à la hauteur de cette exigence (puisque en France, ils provenaient tous de la linguistique pure et dure dont l’empan était très étroit par rapport à cet ensemble de sciences humaines, à partir duquel seule une véritable didactique langagière peut validement se fonder).

Or, quand on étudie le capital culturel dont dispose un apprenant de langue étrangère, il est frappant (exactement aveuglant) que son parcours linguistique antérieur est décisif. Il commence évidemment par son degré de maîtrise de sa langue nationale (différente ou non de sa langue maternelle ; dans le cas où elles sont deux, le capital langagier est bien entendu double).

Il se poursuit par les langues étrangères qu’il a, d’une part, fréquentées (voyages, lectures, individualités, situations institutionnelles, médias, etc.) et, d’autre part, apprises : il importe d’établir aussi précisément que possible jusqu’à quel degré de maîtrise ces acquisitions ont été accomplies et, pour cette raison, dans quels contextes concrets l’impétrant a eu l’occasion de les tester.

On peut, ainsi, dresser une réelle « biographie langagière », récusant et hiérarchisant les « modes d’accumulation » d’un capital langagier.