Plurilinguisme et identité culturelle européenne

L’Europe n’est pas seulement un ensemble auquel la géographie et l’histoire ont donné une cohérence certaine (en dépit de frontières floues et d’innombrables conflits de toutes sortes); elle n’est pas non plus réductible à des institutions économiques en quête d’un couronnement politique (cf. l’histoire de la construction européenne depuis le traité de Rome en 1957). Elle est aussi une civilisation, une culture au sens plein du terme, c’est-à-dire un ensemble de connaissances, de valeurs, de pratiques acquises par l’homme en tant que membre d’une société.

Toute société repose sur un triangle de base : économique, politique, culturel. Si l’un de ces piliers manque, la construction devient boiteuse. L’évolution de la construction européenne s’inscrit dans cette logique : l’Europe s’est dotée d’une force économique de mieux en mieux assurée (de la CECA au traité de Porto, signé le 2 mai 1992, entre la CEE et l’AELE,1 qui a constitué un Espace Économique Européen, le plus grand du monde avec 380 millions d’habitants et plus de 40% du commerce mondial). Elle s’efforce avec Maastricht de se doter des instruments nécessaires à son développement politique (renforcement des pouvoirs du Parlement, initiatives en matière de sécurité, de défense, de politique étrangère – sa grande faiblesse actuelle : cf. crise du Golfe, Yougoslavie, etc.). Il reste maintenant à parachever le dispositif en prenant en compte l’identité culturelle.

Le mot attribué à Jean Monnet (« si c’était à refaire, c’est par la culture que je commencerais ») montre une sensibilité de plus en plus forte à la dimension culturelle. Même l’attitude des nationalistes réfractaires témoigne de cette montée en puissance de l’identité culturelle européenne.

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