Disparition d'Hélène Gauvenet et André Reboullet
Les temps sont durs, en ce début d’année 2010, pour les anciens du français langue étrangère : en une dizaine de jours, Hélène Gauvenet d’abord, puis André Reboullet, sont décédés, ayant tous les deux largement dépassé les quatre-vingt-dix ans. Reboullet a tenu un rôle considérable dans la première structuration du champ, autour des années 1960, en obtenant la fondation du Français dans le Monde, et en étant étroitement associé à celle de la Fédération internationale des professeurs de français, deux organisations qui ont grandement contribué à l’installation du FLE sur la planète et à une première légitimation de la spécialité.
Jusqu’à sa retraite, au début des années quatre-vingts, Reboullet a tenu ferme la barre de la revue, préoccupé simultanément de lui rallier des « grandes voix » et de contribuer à donner la « chiquenaude initiale », comme chez Aristote, aux jeunes spécialistes dont il prévoyait la future notoriété. Hélène Gauvenet, pour sa part, avait choisi une autre voie puisqu’elle avait fait partie des premières équipes du Crédif naissant (à la même époque) et avait fortement contribué au succès mondial de Voix et Images de France, première méthode du nouveau centre, puis, dans la foulée, avait publié Bonjour Line, selon la même méthodologie, orientée cette fois vers les enfants.
Tous les deux, à des titres différents et selon des modalités diverses, ont tenu un rôle éminent dont nous bénéficions aujourd’hui. Quand j’étais directeur du Crédif (certes, c’était il y a longtemps…), Hélène venait parfois dans mon bureau protester vigoureusement contre quelque chose : elle était fâchée, mais immanquablement, elle éclatait de rire avant la fin : ce n’était que du FLE. Mais c’en était justement, et Reboullet, à la tête de son navire qu’il maintenait à flot, ne l’a jamais oublié non plus. Je suis très affecté par ces deux disparitions, parce qu’ils m’aimaient bien et que la réciproque était vraie. Mais c’est tout le domaine, ses humbles comme ses ténors, qui doivent, aujourd’hui, leur consacrer une pensée recueillie.
Louis PORCHER
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